Le sifflement au spectacle
Le sifflet du spectateur américain est une huée féroce au théâtre français.
误解的地理学
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1. Le geste et son contexte
Siffler bruyamment lors d'un spectacle -- theatre, opera, concert, match sportif -- est l'un des codes d'audience les plus geographiquement divergents. La meme emission sonore intense, produite avec les levres ou les doigts, est interpretee comme approbation et enthousiasme dans les contextes sportifs et de concert nord-americains, mais comme desapprobation, moquerie ou hostilite en Europe continentale et en Amerique du Sud. Ce code paralinguistique est d'autant plus traitor qu'il est identique dans sa forme et qu'il peut generer des malentendus graves entre publics de cultures differentes.
2. Geographie du malentendu : qui siffle, et pourquoi
En Amerique du Nord (USA, Canada), le sifflet fort -- souvent de doigts, perçant -- equivalent aux acclamations verbales dans les stades de baseball, basketball ou hockey : c'est un signal d'enthousiasme et de soutien. Wikipedia note : "In the United States and Canada, whistling is used much like applause, to express approval or appreciation." Ce code s'est repandu dans certains concerts populaires anglophones.
En Europe continentale (France, Italie, Espagne, Allemagne, Europe de l'Est) et en Amerique du Sud, siffler lors d'un match ou d'un spectacle equivaut a huer : c'est le signal de la desapprobation, du rejet, voire de l'insulte. Wikipedia : "In much of the rest of the world, especially Europe and South America, whistling is used to express displeasure with the action or disagreement with an official's decision, like booing."
Cas particulier -- Italie et opera : la tradition des fischi (sifflets) a l'opera est une institution culturelle. Les loggionisti (spectateurs du poulailler) de la Scala de Milan sont celebres pour juger les chanteurs avec des sifflets impitoyables. Fischio signifie exclusivement desapprobation dans ce contexte ; meme Pavarotti en a essuye.
France : siffler un acteur signifie le chasser de scene depuis le XVIIIe siecle. L'autrice Alysa Salzberg (AIA Translations, 2014) decrit l'incident paradigmatique de Francois Hollande accueilli par des sifflets dans une ville francaise : "To an American like me, the whistling instinctively felt like a good thing [...] but it's actually the opposite ; in France, and in the rest of Europe as well, whistling is a sign of derision and disapproval." La Revue du dix-huitieme siecle documente que le parterre utilisait les sifflets comme outil de jugement esthetique negatif depuis l'Ancien Regime.
3. Contexte historique
La convention du sifflet comme desapprobation en Europe s'est cristallisee au XIXe siecle. En France, la Bataille d'Hernani (1830) est l'exemple canonique d'une piece contestee par des sifflets classicistes. L'histoire la plus documentee est celle de la premiere parisienne de Tannhauser de Wagner (13 mars 1861) : des membres du Jockey Club, un club aristocratique qui exigeait un ballet au deuxieme acte (pour arriver apres diner), saboterrent l'opera. Des entrepreneurs vendaient a la porte des 'sifflets Wagner' (sifflets a chien). Robert Greenberg relate : 'The evening was little more than a contest of abusive whistling accompanied by snatches of Tannhauser.' Trois representations seulement furent donnees ; le run prevu de dix fut abandonné. Cet episode est reste l'une des plus grandes catastrophes de l'histoire de l'opera.
En Italie, la tradition des fischi est aussi ancienne que l'opera lui-meme. Le sifflet n'est pas une impolitesse aléatoire mais un jugement esthetique code : les loggionisti de La Scala considerent qu'ils exercent une prerogative critique legitime.
4. Incidents documentes
Opera de Paris (Salle Le Peletier), 13 mars 1861 : Premiere parisienne de Tannhauser de Richard Wagner. Des membres du Jockey Club, hostiles a la princesse von Metternich qui avait parraine l'opera, firent vendre a l'entree des sifflets surnommes 'sifflets Wagner'. Les trois representations donnees en mars 1861 furent sabotees ; Wagner fut autorise a retirer l'oeuvre, abandonnant sept representations prevues.
La Scala de Milan, 10 decembre 2006 : Lors de la deuxieme representation d'Aida de Verdi (mise en scene de Franco Zeffirelli, saison 2006-2007), le tenor Roberto Alagna essuya les fischi des loggionisti apres une note laborieuse. Il quitta la scene en milieu de representation en levant le poing vers le public. Son doublure Antonello Palombi le remplaça en jeans et fut accueilli par une standing ovation. La Scala annonça ne plus inviter Alagna. L'incident, couvert par NPR et la presse internationale (11 decembre 2006), est devenu emblematique de la severite du public milanais et de la tradition du jugement vocal a l'opera.
5. Conseils pratiques
En contexte europeen ou sud-americain (spectacle, match, evenement public) : eviter tout sifflement enthousiaste -- il sera invariablement interprete comme moquerie ou hostilite. Applaudissements, acclamations verbales, bravos sont les signaux d'approbation attendus.
En contexte nord-americain (stade sportif, concert populaire) : le sifflement fort de soutien est generalement bien compris, mais dans les salles de concert classique il reste inhabituel. Preferer les applaudissements.
En contexte operatique (surtout Italie) : les fischi du public constituent un jugement artistique, non une simple agression. Un chanteur qui reçoit des sifflets en Europe continentale est clairement juge insuffisant par le public. Eviter de siffler pour applaudir dans ces contextes sous peine de generer une confusion totale.
记录在案的事件
- 1861 — Premiere parisienne de Tannhauser de Wagner (13 mars 1861). Des membres du Jockey Club, hostiles a la princesse von Metternich (sponsor de l'evenement), saboterrent les trois representations en utilisant des sifflets a chien vendus a l'entree comme 'sifflets Wagner'. L'evenement reste l'une des plus grandes catastrophes de l'histoire de l'opera : run de dix representations reduit a trois avant retrait de l'oeuvre.
- 2006 — Lors de la deuxieme representation d'Aida (10 decembre 2006, mise en scene Zeffirelli), le tenor Roberto Alagna quitta la scene en milieu de representation apres les fischi (sifflets) du public milanais. Levant le poing en defi, il fut remplace par son doublure Antonello Palombi en jeans, qui reçut une standing ovation. La Scala annonca ne plus inviter Alagna. Incident emblematique de la tradition italienne du jugement vocal a l'opera.